
L’autre fait peur
Je suis toujours frappée par l’indifférence qui règne dans nos espaces publics, particulièrement dans les transports collectifs. On s’occupe comme un peut pour éviter de regarder l’autre passager, préférant accorder notre attention à nos gadgets électroniques ou à notre livre de poche. De quoi pourrait-on parler ? Pour moi qui viens d’une culture où l’on socialise sans gêne, se déplacer quotidiennement en transport public est une véritable épreuve.
Mais l’indifférence, est un moindre mal face à la peur de l’autre. L’autre, dans le sens d’autrui, c’est celui qui est différent, étranger. Aujourd’hui, nous avons de plus en plus peur de l’autre, de ce qui ne nous ressemble pas. La différence peut être physique, raciale, linguistique, etc.
Paradoxal…
Avoir peur de l’autre semble paradoxal dans ce monde où l’on prône la mondialisation, le village planétaire, la fraternité universelle et l’interconnexion. Nous sommes en 2020 ! L’ère des grandes rhétoriques sur la diversité, le multiculturalisme, l’inclusion. En 2020, on sait tout :l’information est disponible en tout temps et partout. On est sensé tout savoir de ce qui passe de l’autre côté de sa clôture, de son pays, de son continent, sans même se déplacer.
Personnellement, j’ai cru que l’explosion des médias sociaux provoquerait une plus grande ouverture d’esprit dans nos sociétés ; j’ai vraiment pensé que les moyens de communications, de plus en plus performants, nous offriraient une meilleure connaissance de l’autre.
Encore aujourd’hui, j’ai dû expliquer à un Québécois que je suis Africaine au même titre qu’il est Américain. Il ne savait pas que l’Afrique est un continent comprenant 54 pays. Son non-verbal m’a clairement indiqué qu’il n’a pas cru à mon histoire d’avoir étudié en français chez moi ; et encore moins, à mon envie de rentrer définitivement chez moi, une fois que mes enfants seront assez autonomes pour se passer de moi.
Une peur alimentée par ce que l’on entend
La méconnaissance de l’autre alimente notre peur d’accueillir l’étranger. Les termes diversité et multiculturalisme sont galvaudés. Ce sont des thèmes chers aux politiciens qui les utilisent à des fins électorales. Les dernières élections provinciales qui ont porté la CAQ au pouvoir en sont une parfaite illustration.
Communiquer, au-delà du fait de transmettre une information, c’est aussi faire partager à quelqu’un un sentiment, un état, faire qu’il ait le même sentiment, qu’il soit dans le même état que nous. Ainsi, on peut partager son fou rire. Mais, on peut également partager sa peur, ses craintes.
Les équipes de communication savent si bien le faire qu’elles ont réussi à nous inoculer leur peur. Des lois de plus en plus coercitives et discriminatoires sont édictées pour dissuader l’autre de s’aventurer sur nos côtes. Les populations sont sensibles aux discours politiques ultranationalistes et aux messages protectionnistes véhiculés par les dirigeants et autres leaders d’opinion.
https://www.youtube.com/watch?v=TqK9bWZhwkA
Des milliards de dollar américain, c’est ce que coûtera le mur en construction entre le Mexique et les Etats-Unis. Un message clair : la phobie du voisin mérite des sacrifices. L’autre fait peur, il faut prendre des mesures adéquates pour s’en préserver !
https://www.cnews.fr/monde/2019-04-06/est-complet-martele-trump-la-frontiere-mexicaine-827846
Sortir de sa bulle
Il faut alors se questionner sur le contenu de nos communications. Qu’enseigne-t-on à travers tous ces médias ? L’essor des technologies de communication, notamment l’internet a perverti la communication. Ce qui devait être un axe de communion est aujourd’hui un outil de cloisonnement. Un village planétaire où l’on se barricade derrière son écran. Les relations interpersonnelles sont aussi virtuelles que le canal qui en fait la promotion.
Je rêve d’une communication communautaire qui incite à l’ouverture à l’autre. Une communication qui brise les solitudes et les préjugés. Cela passe nécessairement par une nouvelle génération de politiciens, de leaders, mais aussi de communicateurs…
Quelques sources :
Village planétaire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Village_plan%C3%A9taire
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1015982/cout-mur-donald-trump-evalue-21-

Quel excellent billet, Zita! Ça m’a fait beaucoup de bien de te lire. Ta plume est franche et sentie. Tes idées sont claires. Et ta façon de les communiquer a tout ce qu’il faut d’aplomb et de sensibilité. Je suis on ne peut plus d’accord avec toi. Superbe conclusion au passage. En espérant te croiser dans les transports collectifs, je mettrai très certainement de côté mon téléphone ou mon gadget électronique pour une jasette avec toi. Bravo!
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Merci Marie.
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